Thérèse Millet, juin 2024

J'avais 3 ans quand la guerre a été déclarée. J'étais au Fresne Poret, c'est auprès de Sourdeval la-barre. Je me rappelle très bien quand la guerre a commencé, mon père a été prisonnier. De 1939 à 1945, il était dans un camp de concentration à Buchenwald. Il a été malheureux, rien à manger. On savait que notre papa était parti à la guerre, j'avais juste un frère, qui avait 10 ans et demi.On était sur une ferme, il a fallu que maman se débrouille. C’était une forte femme qui était capable de se débrouiller à tous points de vue : une chance pour elle car deux gamins sur les bras, la ferme… On avait des Allemands dans notre commune, on avait peur. Les simples soldats, ça allait, mais les SS, il ne fallait pas leur tenir tête car ils vous descendaient. Il y avait des Allemands partout, chez nous aussi. Le si peu  d’hommes qu’il restait, il y avait une haie alors ils avaient fait une grande tranchée et on couchait là-dedans. C’étaient les Allemands qui couchaient dans la maison, ils avaient pris le lit et ils prenaient nos légumes, ils auraient aussi bien pris un veau, etc.On avait des tickets pour la nourriture, avec tant de sucre par mois, de la farine, puis on se débrouiller parce que comme on était à la ferme, on faisait du grain. On faisait meudre du grain pour avoir de la farine. Question nourriture, on était mieux que les gens de ville qui n’avaient rien. Ils étaient heureux de venir en campagne pour ramener du ravitaillement. On ne jouait pas, on avait peur, je suivais ma mère de près.

 

Le jour du débarquement, toutes les cloches sonnaient. On est partis en exode à Ger, puis on a fait 5-6 kilomètres. Les gens nous nourrissaient et on couchait dans des tas de foin. On est partis 15 jours environ. On n’a pas emmené grand chose. On avait une ferme mais on a tout laissé. Il y avait un voisin qui avait un tombereau donc on est tous montés là-dedans, à 7-8. On a été pillés le temps qu’on était partis. Il ne restait pas grand chose quand on est rentrés. On avait un voisin qui n’était pas parti et il avait une pièce qui était pleine de ce qu’il avait volé. Il avait dit à ma mère “si tu veux quelque chose, tu viens, tu le prends”. Notre maison ça allait mais ça avait été bombardé partout car il y avait des carrefours de route et ils voulaient couper les carrefours. Dans la tranchée où on était, la bombe est tombée là, la terre nous tombait dessus.

Quand les Allemands ont été partis, on a pu redormir chez nous. Sourdeval a été libéré vers le 15 août, dans les derniers. Après, il a fallu s’accrocher. On est retournés à l’école.

 

 Dans ma famille, il y a eu 7 civils de tués, après le débarquement. Les résistants, c’était bien mais… Mes grands parents étaient près d’un dépot d’essence des Allemands. Les résistants l’avaient signalé aux Américains. Mais les Allemands étaient repartis, et il n’y avait plus d’essence. Mais les Américains ne le savaient pas alors ils ont bombardé et ce sont mes grands-parents qui ont été tués et leur maison brûlée. Il aurait fallu signaler aux Américains que les Allemands étaient partis et qu’il n’y avait plus d’essence, mais ça n’a pas été fait. C’est pour ça, la résistance, il en fallait, mais il y a eu des erreurs de faites. Mon autre grand-mère est morte aussi, une tante, et une cousine avec ses 3 enfants. Ma cousine était jeune, elle était sur Evreux, avait 2 enfants  et un dans son ventre.

Mon papa est revenu en mai 1945. Dans le camp, il travaillait, était maltraité, il crevait de faim, il mangeait des racines. Il a été malade après, c’était une loque et les gamins lui crachaient à la figure là bas alors pour lui, moi je représentais ces gamins-là donc il ne voulait pas me voir. Mon frère ça allait car il était plus grand.Mon père m’a mieux acceptée quand j’ai connu mon mari, qui était parachutiste.

 

Aujourd’hui, c’est la 3ème guerre mondiale qui est commencée. Nous on va s’en aller, mais les jeunes…

 

J’ai regardé les cérémonies du 80ème anniversaire, c’était émouvant, car ces pauvres vétérans, ils avaient 20 ans.

Quand les Américains ont débarqué, on les voyait passer en camions, alors on leur faisait des grands bonjours et ils nous lançaient des bonbons, des chewing gums, des cigarettes, on était heureux. Certains sont venus à la  Marpa il y a quelques années et on s’était fait prendre en photo avec eux. Dans un an ou deux, il n’y aura plus personne. Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé. Nous c’était la bataille de Mortain, les Allemands étaient à la petite Chapelle, un point qui est très haut puisqu’on voit le Mont St Michel de là haut, et les Américains étaient en bas alors c’était du corps à corps. Il y a eu beaucoup de morts.