J’étais avec mes parents, mes frères et ma sœur à la ferme au Champ des Raids. J’allais à l’école à Moyon.
Quel est votre pire souvenir ?
Les Allemands avaient pris les chevaux de mon père. Le midi, mon père est allé les reprendre. Les Allemands sont revenus l’après-midi pour reprendre les chevaux et comme mon père ne voulait pas, ils l’ont mis en joue. Tout le monde pleurait. Heureusement, quelqu’un parlait allemand et a donné les chevaux. C’est ce qui a sauvé mon père.
D’autres souvenirs vous ont marqués ?
A 20h, mon père avait fini de retourner un champ de 50 ares et il avait semé du sarrasin. A 22h, une bombe est tombée , il y avait 2 grands trous, ça nous a réveillés. On est partis chez les voisins et on a dormi à 15 dans la boulangerie. Dans la nuit, on voyait une ombre qui passait et repassait devant la porte, on croyait que c’était un Allemand. Comme les rassemblements de civils étaient interdits, mon père a fini par sortir en agitant un mouchoir blanc. C’était en fait une chèvre qui passait !
Avec mon frère, on a dormi deux mois dans une tente avec un soldat yougoslave de l’armée allemande. Toutes les nuits, il allait sur le front avec une moto-chenille et il ramenait les plaques des Allemands morts. Il était sympathique. Les Allemands qui vivaient dans notre jardin prenaient tous les légumes mais en échange, ils nous donnaient du pain de seigle.
Quand les Américains sont arrivés, nous étions les premiers civils moyonnais qu’ils voyaient car mon père avait refusé de partir en exode. Ils nous donnaient des bonbons, du chewing-gum, des gamelles et 2 énormes boites de chocolat en poudre.
La seule chose que je demande, c’est que ça ne recommence jamais. C’est beau la paix, mais c’est très fragile.