J’étais au village Le fief du sens avec mes parents et mes 2 sœurs. J’avais presque 5 ans.
Quels souvenirs vous ont marqués ?
Une bombe qui est tombée sur le village d’à côté, à la Bâle, après le débarquement. D’une fenêtre de chez nous, on voyait les flammes. La voisine avait accouché quelques jours auparavant. Mon père et les autres hommes du village sont partis la secourir et l’ont ramenée avec son bébé sur un matelas. La famille est restée longtemps chez nous car leur maison était détruite. A un moment, il y avait 42 réfugiés dans la maison ! Quand les bombes tombaient, on se cachait dans la cave.
Un Allemand, Alex, qui venait tous les jours nous voir en jeep. Il venait nous avertir si des SS allaient venir, s’il y avait un danger. Il arrivait, poser ses armements et sa veste sur une chaise , s’asseyait et me prenait sur ses genoux. Il ne voulait pas que j’en parte, car il avait une fille du même âge en Allemagne. Quand il est venu nous prévenir du débarquement, les villageois ont rempli sa jeep de fleurs. Il avait dit que s’il rentrait en Allemagne, il m’enverrait une poupée, car je n’en avais pas. Mais je n’ai jamais rien reçu donc je suppose qu’il est mort dans la bataille. Il y avait des bons Allemands.
D’autres anecdotes ?
Mon plaisir était d’aller manger des carottes crues dans le jardin. Mais chaque fois que j’y allais, les Allemands me prenaient ma carotte et la mangeait. Pour la petite fille de 4 ans et demi que j’étais, c’était injuste !
Il ne faut pas que ça recommence car c’est trop dur à vivre. On est marqués à vie.