Georges Godey, 2019

Que faisiez-vous en juin 1944 ?

J’étais chez ma grand-mère avec 2 de mes 5 sœurs au Mesnil-Opac. On vivait avec elle depuis le décès de notre mère quand j’avais 6 ans, les autres ayant été placées chez d’autres membres de la famille. Jusqu’au 6 juin, nous allions à l’école au Mesnil-Opac, jusqu’à ce que 2 bombes soient lâchées au Carrefour Paris. Là, la maîtresse nous a dit de rentrer chez nous par les fossés. Ensuite j’ai commencé à travailler comme commis dans une ferme à la Branlière à Moyon chez Joseph Beaufils.

 

Quel est votre souvenir le plus marquant de 1944 ?

En août, au retour de l’exode que j’ai fait avec 36 autres personnes de Moyon, j’ai vu deux grenades dans un champ. La 1ère, je l’ai lancée, elle n’a pas explosé. La 2ème avait un anneau, j’ai tiré et l’ai lancée à 3-4 mètres. Elle a explosé, j’ai reçu des éclats partout et j’ai perdu connaissance. Georges Lenoir m’a trouvé dans un fossé. Le docteur a dit que je n’allais pas passer l’après-midi. On m’a emmené à Tessy chez les Américains, qui m’ont conduit en dodge ambulance jusqu’à l’hôpital de campagne de Lison, où j’ai été opéré. Ensuite, j’ai été chouchouté pendant 3 semaines par les Américains. Quand le front a avancé, ils m’ont confié à l’hôpital de Cherbourg où je suis resté 1 mois et demi. Aujourd’hui, j’ai encore des éclats !

 

Quelle leçon de vie tirez-vous de cette époque ?

 

Comme le disait mon grand-père, il y a toujours eu des guerres et il y en aura toujours, dans le monde entier. Cela ferait du bien aux jeunes de faire le service militaire. Moi, je l’ai fait pendant 16 mois alors que j’étais exempté en tant que pupille de la nation, mon père étant décédé civilement en aôut 1944. Aujourd’hui, en tant que porte-drapeau de la 35ème division américaine et des fils de tués de la Manche, je continue à me souvenir.