J'étais à Moyon, village l’Asserie, avec mes parents, mon frère et ma sœur. J’avais 15 ans et je travaillais à la ferme. En juillet 1944, nous sommes partis à 19 en exode à Margueray, puisque des réfugiés de Baudre sont partis avec nous. J’avais emmené ma brebis.
Quels souvenirs vous ont marqués ?
Mon frère avait oublié un sac, il est revenu à la maison avec un autre réfugié, mais quand il est arrivé à la maison, les Allemands l’occupaient. Ils ont pris le vélo du réfugié. Ils sont donc revenus à deux sur un seul vélo. Sur la route est tombée une bombe à retardement. Ils ont été dispersés et ne se sont plus retrouvés. Chacun pensait que l’autre était mort mais ils se sont retrouvés à Margueray. Je me souviens également qu’avant de partir à l’exode, un SS était venu à la maison, il voulait du beurre. Ma maman ne voulait pas lui en donner, mais il a montré son revolver. Elle a fini par lui donner ce qu’il voulait.
On écoutait la radio « Les français parlent aux français » chez le voisin car nous n’avions pas de poste.
Notre voisin Jules Guérin a été mitraillé par un avion américain en allant chercher sa fille en voiture à âne. Il n’y avait pas le droit de circuler en 1944. Ils l’ont pris pour un Allemand.
Le 2 août, alors que nous étions toujours en exode, les Américains nous ont dit que Moyon avait été libéré. Aussitôt, nous nous sommes mis en route pour rentrer, et le soir, on y était. Chez nous, 2 bâtiments avaient été détruits, il y avait un obus dans une des pièces. Les vaches étaient restées dans le champ. La maison, heureusement, n’était pas détruite.
J’espère qu’on vivra encore en paix. J’ai transmis ces histoires à mes petites filles, cela les intéresse beaucoup.