Quel âge aviez-vous quand les Allemands sont arrivés ?
19 ans. Je vivais avec mes parents et mes frères à la ferme. Nous avons appris le début de la guerre avec le tocsin, les églises ont sonné en même temps, on savait que ça annonçait le début de la guerre. Mon père, comme tous les hommes en âge de faire la guerre, a dû partir mais il a juste conduit les chevaux puis il est rentré car il était chef d’une famille de 5 enfants.
Où se sont installés les Allemands ? Y en avait-il chez vous ?
Il y en avait dans le village mais pas chez nous.
Avez-vous eu peur des Allemands ?
Non car si on était respectueux avec eux, ils l’étaient avec nous aussi.
Alliez-vous à l’école pendant l’occupation ?
J’ai fini l’école à 13 ans et après je travaillais à la ferme chez mes parents.
Avez-vous souffert de la faim ou manqué de quelque chose ?
Non car à la ferme, nous avions de quoi manger mais nous avons donné à manger à des gens qui avaient besoin de nourriture. Il y avait des choses plus difficiles à obtenir comme le chocolat. On avait des tickets de rationnement et des quantités limitées…
Aviez-vous le droit de jouer dans la rue ?
Les enfants ne jouaiet pas dans la rue, ils jouaient chez eux ou à l’école mais pas dans la rue.
Les Allemands vous ont-ils pris des choses ?
Les Allemands venaient demander des choses comme des œufs et il ne fallait pas leur dire non. Il a fallu que mon père donne son fusil et le poste de radio, les Allemands ne voulaient pas que nous soyions informés.
Y a-t-il eu des actes de résistance ?
Je ne sais plus. Les gens avaient peur des Allemands donc tout le monde faisait profil bas.
Avez-vous entendu des bombardements ?
Oui, beaucoup, et c’était effrayant.
Y a-t-il eu des combats où vous étiez ?
Oui mais je n’étais pas là quand ils ont eu lieu car on est partis en exode.
Y a-t-il eu des dégâts dûs aux bombardements ?
Oui, des bâtiments agricoles mais pas la maison. Des gens qui sont restés ont été tués et beaucoup d’animaux comme les vaches.
Avez-vous dû quitter votre maison ?
Nous sommes partis à deux familles au moment des bombardements dûs au débarquement. On est partis en carriole avec des chevaux, du ravitaillement, on avait cuit beaucoup de pain et emmené de la nourriture. On a pris la direction de l’Orne sans savoir où on finirait. On avait accroché un signe à la carriole pour que les avions sachent que nous étions des réfugiés et qu’on ne nous tire pas dessus. Des gens nous ont accueillis au long du voyage.
Quand on est rentrés, la maison avait été saccagée, les meubles vidés, les vaches avaient disparu. Mon père avait mis des inscriptions sur les cornes des vaches, on en a récupéré quelques unes mais beaucoup n’ont pas été retrouvées. On a retrouvé le chien mort attaché à une corde, il n’avait pas été nourri.
Avez-vous rencontré des soldats américains ?
Oui, ils étaient gentils, ils nous ont donné des bonbons.
Que s’est-il passé après la libération ?
On n’a pas fait la fête, il n’y avait plus de musique. Il a fallu plusieurs années pour relancer l’activité de la ferme et retrouver une vie normale.