Thérèse Leboidre, juin 2024

« Je suis née en 1930 donc j’avais 9 ans au début de la guerre. J’habitais à Graignes. J’avais une peur folle des Allemands. Un jour je suis allée porter à manger à mon frère qui était à botteler, j’ai entendu une camionnette, vite je me suis cachée tellement j’en avais peur. Pourtant, ils ne faisaient pas de mal mais c’était l’impression car ils étaient quand même habillés militairement. Il ne fallait pas qu’on barre notre porte, il fallait être rentré pour le couvre-feu. Il y avait de l’école mais moi je n’y allais plus car maman était veuve et mes frères étaient en Allemagne. J’étais beaucoup plus jeune qu’eux. J’ai quitté l’école à 13 ans en 1943 et les gendarmes ne sont pas venus me rechercher alors que ma belle-sœur oui !

Mon papa est décédé en 1939 d’une maladie, il avait fait la guerre de 14. J’avais un frère qui était parti au régiment, puis et il est tombé malade donc il a été mis à l’hôpital militaire de St-Lô. Le 2ème était au régiment et a été fait prisonnier. Et le 3ème a été réquisitionné. Mon frère aîné allait mieux ensuite mais il est mort en sautant sur une mine juste avant de se marier, fin 1944. Les autres sont revenus de la guerre.

Au niveau alimentation, on n’avait pas grand-chose, on avait des tickets pour aller chercher des choses à la mairie. Comme mes frères étaient en Allemagne, maman leur envoyait des colis donc moi je n’ai pas mangé un seul carré de chocolat pendant la guerre. Maman envoyait tout à mes frères. On avait un jardin mais maman toute seule, c’était dur. Elle est née en 1888 donc elle avait déjà une cinquantaine d’années.

J’avais une camarade d’école qui habitait derrière chez moi mais on se fréquentait peu car maman ne voulait pas. J’étais toute seule, j’aidais maman.

On n’avait ni radio ni rien. On était au foin quand maman a entendu sonner les cloches pour la déclaration de la guerre. Maman a dit : « la guerre est déclarée ! »

On est partis en exode début juin 1944 car les Allemands nous ont dit de partir. On a atterris chez une tante à Rémilly sur Lozon, à pied avec un âne et tout ce que maman avait pu lui mettre sur le dos. Ma tante a été blessée à Rémilly et est décédée de sa blessure.

On a été un moment puis après on a été expulsés. Ils habitaient à un carrefour donc on est allés dans une ferme plus bas où était mon frère et ensuite on est revenus sur nos pas. Toutes les bêtes qui étaient dans les herbages ont été tuées.

Quand on est rentrées, on n’avait plus de maison, car elle a été brûlée. Dans le village, il n’y a que deux maisons qui ont été brûlées : la nôtre et celle d’une autre dame. Il ne restait rien. On a été accueillies par un couple, puis dans l’intervalle, ma grand-mère qui habitait une petite maison, est décédée, donc on a repris sa maison, à Graignes. Il n’y avait pas énormément de dégâts à Graignes.

 

La vie actuelle n’est pas très belle. Tout ce qu’on voit à la télé, c’est affreux. »